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Tryon Environnement investit 6 millions d’€ pour implanter au Mans une unité de traitement et de valorisation des biodéchets

Le spécialiste des biodéchets alimentaires Tryon Environnement, installé dans le bassin parisien, projette d’installer pour début 2025 une unité de méthanisation en Zone Sud du Mans. Accompagnée par Le Mans Développement, l'entreprise investira près de 6 millions d'€, financé sur 15 ans.

« On appelle biodéchets les déchets alimentaires qui ont ou qui auraient dû toucher la main du consommateur final : il s’agit des déchets de cuisine et de table des ménages, des déchets de cantines et restaurants professionnels, des déchets alimentaires de la grande distribution et des produits finis de l’industrie agro-alimentaires déclassés » précise Charles Deschamps, Responsable Développement Projets.

Au 1er janvier 2024 une nouvelle obligation réglementaire imposera aux professionnels et particuliers une nouvelle filière pour leurs biodéchets en obligeant à 2 manipulations : le tri à la source (nouvelle poubelle de tri) et le retour au sol de ces biodéchets (pour limiter l’enfouissement et l‘incinération). 

Les terres agricoles sans élevage tendent à voir leurs sols s’appauvrir en matière organique. Le retour à la terre des biodéchets traités permettra de participer à la reconstitution de cette matière organique.

« L’EPCI Le Mans Métropole qui a la compétence « déchets – collecte et traitement » doit mettre à disposition des ménages les moyens de trier leurs biodéchets à la source et de permettre ce retour au sol. La collectivité sponsorise déjà un composteur pour les ménages disposant d’un jardin. Dans les centres urbains, nous allons mettre en place des collectes avec traitement et valorisation. » indique le responsable. 

Tryon Environnement est présent sur toute la chaine de traitement du biodéchet. « Nous accompagnons les producteurs à mettre en place le tri sélectif, nous installons les bacs de collecte, nous déployons notre unité industrielle appelée le Modul’O, (unité de méthanisation) pour traiter les biodéchets par petite méthanisation. Cette méthanisation permet de produire du biométhane qui est injecté dans le réseau de distribution GRDF. L’autre produit, les matières organiques repartent par épandage sur les terres agricoles » explique Charles Deschamps.

L’entreprise est experte dans la conception de la technologie des unités de petite méthanisation, dans leur développement et leur exploitation. « Nous cherchons le foncier, puis nous finançons et développons le projet : obtention du permis de construire, autorisation d’exploitation ICPE, agrément sanitaire. Enfin, nous réalisons la construction puis assurons l’exploitation du site ».

Pour pouvoir réduire les coûts de gestion des biodéchets de la Métropole, il faut pouvoir les traiter au plus proche (60 à 75% du coût du traitement des déchets concerne la collecte et le transport). C’est pour cette raison que l’unité de méthanisation sera implantée en entrée de ville. « Cela nous permet de réduire le coût logistique et environnemental de la collecte, tout en produisant du biométhane et créant des emplois sur le territoire de la Métropole »

L’exploitation du Modul’O nécessite la présence de cinq personnes dont un responsable de site et d’exploitation et des métiers assez techniques (biologistes) et d’entretien et maintenance. 10 à 20 postes EQTP seront à créer pour la partie collecte. 

Chaque unité implantée est portée par une société juridique dédiée qui achète le terrain et investit pour construire l’usine et recrute le personnel pour l’exploitation. « Tryon investit et propose à la Métropole d’entrer au capital de la société projet à hauteur de 5%. De cette façon elle pourra participer au développement de cet outil au service du territoire, au conseil d’administration et avoir accès à ses comptes. La SEM énergie qui est en cours de construction sera certainement l’outil d’investissement de la métropole ». 

Sur ce projet, Le Mans Métropole a formulé une demande spécifique : mettre en place une station GNV (Gaz Naturel Véhicule). Charles Deschamps détaille « La Métropole est en train de convertir les bennes à ordures ménagères du diesel au GNV. Il y aura donc deux projets en un : une unité Modul’O et une station GNV sur laquelle les bennes de Tryon et de La Métropole viendront se ravitailler ».

Cette unité arrivera presqu’en même temps que cette obligation réglementaire. L’entreprise prévoit néanmoins un delta pour le passage à l’acte du geste de tri par les particuliers pour apporter leur sac de biodéchet.

« Notre production de méthane correspondra à la moitié de la consommation des bennes à ordures ménagères de la Métropole. Cette boucle vertueuse sera un source de motivation pour les citoyens à réaliser ce nouveau geste de tri dont les effets concrets bénéficieront directement à leur territoire.». 

La particularité de Tryon Environnement est de proposer des petites infrastructures permettant d’avancer rapidement dans la mise en place de l’équipement. « Nous tenons sur 3 000 m². Le foncier du projet est sécurisé depuis 2 mois pour permettre une mise en service de l’unité milieu 2025. La collecte pourra être réalisée avant la mise en service par un système de transfert. Elle se fera assez vite avec les professionnels, et sera naturellement plus longue avec les ménages car cela implique un changement d’habitude, et la nécessité d’installer des points d’apports volontaires dans la ville ». 

Tryon prospectera les professionnels à collecter en direct et assurera la collecte de leurs biodéchets. La collecte et le traitement des déchets des particuliers passera par appel d’offre de la société-projet créée pour définir les premières tranches d’équipements d’apport volontaires. Dans les faits, le Modul’O réceptionnera donc des camions Tryon mais aussi les camions d’autres collecteurs et ceux de la métropole. « Si nous remportons le marché public du traitement et que la collecte est organisée avec une autre société, nous réceptionnerons et traiterons les biodéchets de la même manière ».

Techniquement le biodéchet peut être collecté en vrac mais il est très souvent collecté en sac pour ne pas salir les bacs (odeurs). A réception de ces sacs, un premier contrôle qualité est réalisé. Le premier traitement effectué pour déconditionner les emballages des biodéchets collectés : une machine en forme de cylindre va écraser l’ensemble pour faire passer la matière au travers d’un tamis et séparer les emballages qui sortent au bout de chaine et partent eux vers l’incinérateur. 

La soupe de matière organique subit ensuite un second traitement : l’hygiénisation (chauffage à 70° pendant 1H pour éliminer les risques sanitaires). Cette matière traitée passe ensuite dans le processus de méthanisation : la digestion des biodéchets par les bactéries présentes dans les cuves va générer un biogaz qui sera épuré en biométhane injecté sur le réseau de distribution GRDF.

Le « digestat » va quant à lui revenir aux champs via un plan d’épandage réglementaire. Charles Deschamps : « Nous travaillons à la constitution de partenariats avec une demi-douzaine d’agriculteurs pour leur apporter le digestat en fonction des besoins des cultures (nous analysons les sols pour calculer le besoin des cultures). Tous les ans, un rapport du plan d’épandage présenté à la Préfecture. Cela nous oblige à faire les choses de manière tracée et transparente.».

L’ensemble sera installé en Zone sud, sur une petite friche industrielle située entre la gare de triage et l’avenue Pierre Piffault. « L’emplacement est parfait car il se trouve suffisamment loin de la ville et dans une Zone Industrielle avec un logisticien et le réseau gaz à proximité ».

Concernant les éventuels risques liés au gaz, l’entreprise assure que le biométhane généré n’est pas stocké sur l’unité. Dès son épuration, il est injecté dans le réseau de distribution. Concernant les risques d’odeurs des déchets les biodéchets sont traités en 24 à 48h.La réception et le traitement sont réalisés dans un bâtiment sous aspiration et traitement d’air. Quant au digestat, il n’est pas traité sur l’unité.

En retombée de trafic routier il faut compter entre 10 et 15 passages de camions par jour : une dizaine de bennes et deux citernes qui viendront enlever le digestat pour l’emmener chez les agriculteurs partenaires.

Le projet est aujourd’hui à l’étape de développement qui intègre la concertation. « Nous discutons avec la collectivité pour monter un partenariat en préparation de la création de la société-projet, et nous allons nous rapprocher des associations environnementales pour présenter le projet. C’est très important que les habitants comprennent ce qu’on fait ainsi que l’objectif et le contenu du projet » conclut le Responsable du projet.

 

Contact : Aurélie Bouquet – abouquet@tryon-environnement.com